Deux stratégies selon le logement
En maison avec toiture et gouttière, la récupération d'eau de pluie est la solution la plus efficace et la plus autonome : elle ne dépend d'aucun déplacement et se recharge à chaque épisode pluvieux. En appartement, la stratégie repose plutôt sur le repérage de points d'eau accessibles à pied en cas de coupure du réseau, complété si possible par une collecte de balcon sur bâche tendue.
Dans les deux cas, la collecte fournit une eau brute qui doit systématiquement être filtrée puis désinfectée avant consommation : aucune eau de collecte, même claire à l'œil, ne doit être considérée comme potable sans traitement.
Installer un récupérateur d'eau de pluie
- Choisir une cuve opaque de 300 à 1000 L selon la place disponible et la surface de toiture (1 mm de pluie sur 1 m² = 1 L d'eau collectable)
- Installer un système de dérivation des premières eaux (« first flush ») : les 20 à 40 premiers litres, chargés en poussière, pollen, fientes et débris de toiture, doivent être écartés systématiquement
- Prévoir un robinet de soutirage en partie basse et un trop-plein raccordé loin des fondations
- Couvrir la cuve avec un filtre à moustiquaire (maille 1 mm maximum) pour empêcher la ponte de moustiques (prévention Aedes, vecteur de dengue et chikungunya) et limiter le développement d'algues
Astuce terrain
Un simple tuyau coudé avec une chambre de dérivation manuelle suffit pour écarter les premières eaux sans système coûteux : le geste consiste à fermer une vanne après le passage de la première pluie de 10 à 15 minutes, le temps que le toit soit rincé.
Dimensionner sa surface de collecte
La formule de calcul du volume collectable est : surface de toiture (m²) × hauteur de précipitation (mm) × coefficient de ruissellement (0,8 pour une toiture en tuiles ou tôle). Pour une toiture de 80 m² et une pluviométrie moyenne de 700 mm/an dans un climat tempéré, le potentiel de collecte annuel brut atteint environ 44 800 L, largement de quoi couvrir les besoins de plusieurs foyers si la cuve et la filtration suivent.
Repérer les points d'eau en ville ou en zone rurale
- Fontaines publiques alimentées en circuit indépendant du réseau domestique local
- Cours d'eau ou plans d'eau accessibles à moins de 2 km à pied, en amont de toute zone urbaine ou agricole
- Points de distribution officiels en cas de crise déclarée (mairie, protection civile, camions-citernes municipaux)
- Puits privés de voisinage, sous réserve d'accord préalable et de connaissance de leur profondeur (les puits de moins de 15 m sont plus exposés à la contamination de surface)
Évaluer visuellement une source avant collecte
- Écarter toute eau stagnante verdâtre, avec film irisé en surface ou odeur d'œuf pourri (H2S, signe de contamination organique importante)
- Privilégier une eau courante à une eau stagnante : le mouvement limite la prolifération bactérienne mais ne l'élimine pas
- Observer la turbidité à l'œil nu : une eau au-delà de 5 NTU (unités néphélométriques de turbidité, seuil OMS pour l'eau traitée) apparaît visiblement trouble et nécessite une pré-filtration renforcée avant tout traitement
Attention
Ne jamais collecter d'eau en aval d'une zone industrielle, d'une parcelle agricole traitée par pesticides ou d'un rejet d'assainissement : même filtrée et désinfectée, cette eau peut contenir des polluants chimiques, métaux lourds ou résidus de pesticides que les filtres domestiques standards (céramique, fibre creuse) ne retirent pas.
Mesurer la turbidité sans matériel de laboratoire
- Méthode du disque de Secchi simplifié : plonger un disque noir et blanc de 20 cm dans un tube transparent rempli d'eau, la profondeur de disparition donne une estimation grossière de la turbidité
- Méthode de la page imprimée : verser l'eau dans un verre transparent posé sur un texte imprimé, si les lettres restent lisibles à travers 10 cm d'eau, la turbidité est probablement inférieure à 50 NTU
- Kit de test turbidité à moins de 20 € : donne une lecture directe en NTU, utile pour calibrer le pré-filtrage nécessaire avant le filtre principal
Le matériel de transport
- Jerricans souples pliables de 10 à 20 L, faciles à transporter à vélo, en sac à dos de portage ou en charrette
- Une brouette ou un diable pour les trajets répétés en cas de coupure longue, un aller-retour de 2 km chargé représentant environ 45 minutes
- Prévoir un système de portage réparti (2 bidons de 10 L plutôt qu'un de 20 L) pour limiter la fatigue sur plusieurs jours consécutifs
Sécurité sanitaire et physique de la collecte
- Toujours collecter en amont de toute activité humaine visible (habitations, élevages, cultures)
- Porter des gants si l'accès implique un contact avec de la boue ou des berges instables
- Ne jamais boire directement à la source, même en cas de soif immédiate : le délai de traitement (filtration + 30 minutes de désinfection) doit être respecté systématiquement
Sources et références
- OMS, Directives de qualité pour l'eau de boisson, 4e édition, chapitre sur la turbidité et les indicateurs de qualité
- EPA, Guidance on Rainwater Harvesting for Non-Potable and Potable Use
- CDC, Making Water Safe in an Emergency
- The Prepper's Water Survival Guide, chapitre 3, sourcing et repérage de points d'eau
